Quelques mots sur Milosz Magin, mon ami et Maître

 

J'ai connu Milosz Magin (photo) lors du Concours International de Piano qui porte son nom. Candidat au concours, je pouvais y participer car Milosz Magin n'avait pas fixé d'âge limite... Plus tard nous en reparlâmes et il m'a dit que tout le monde pouvait concourir, que l'âge n'était pas une exclusion, comme tant d'autres fois...A la suite de ce concours nous ne nous quittâmes plus guère jusqu'à sa mort. Nous parlions de la musique, de ses compositions et souvent je lui jouais quelques morceaux de mon répertoire ou de ses oeuvres telles les 3ème et 4ème sonates pour piano et le quatrième Concerto pour piano et orchestre. Nous avons bien sûr abordé Chopin qu'il connaissait complètement et remarquablement.

Milosz Magin était un musicien complet et total, sans frontières entre la composition de la musique c'est à dire sa création et son éxécution instrumentale qui est le plus souvent le piano mais parfois aussi l'orchestre, la voix, le violon, le violoncelle, la clarinette.

Comme compositeur Milosz Magin est, à mon avis, un compositeur qui restera au cours du temps à venir dans les répertoires des musiciens et dans la littérature musicale. Sa musique est authentique à plusieurs égards :

Comme professeur de piano il avait une manière très personnelle d'enseigner. L'élève jouait une oeuvre dans sa totalité puis venait le temps des remarques. Toujours subtiles mais fermes, toujours justes, jamais l'élève ne se sentait humilié, diminué. Il reprenait tout ce qui avait été joué, et note par note, savait dire ce qu'il fallait dire, de mémoire. Plus même, après un concert, il reprenait de la même manière tout ce qui avait été joué, et sans un seul oubli pouvait tout reprendre, jusqu'au doigté pianistique. J'étais ému, toujours, par cela. En fin de leçon, il savait reformuler, concentrer les observations, en quelques mots.

Pédagogue remarquable, il ne fût malheureusement pas recherché par les grandes institutions françaises qui ne comprirent pas, à temps, la valeur, les valeurs de cet immense et inestimable Maître. Cette "non appréciation" des hommes exceptionnels du temps de leur vivantest révoltante.

Et puis Milosz Magin était un homme agréable, fin, subtil.Toujours prêt à écouter l'autre, disponible comme s'il avait tout son temps. Il aimait parler de la musique, de n'importe quel sujet la concernant, il avait tant de connaissances, il connaissait tant de monde. Il savait qui avait participé au concours Chopin à Varsovie telle année...Milosz Magin croyait en Dieu. Quand il avait composé sa 4ème sonate, en peu de temps à vrai dire, il disait que l'inspiration lui venait de Dieu, qu'il recevait l'oeuvre de l'au delà, qu'il lui était impossible de changer une seule note, qu'il n'en avait pas le droit, parfois même il disait que ce n'était pas lui qui avait composé l'oeuvre mais qu'elle lui avait été dictée. Pour Mozart c'était déjà ainsi. Et pour montrer à Dieu sa reconnaissance nous allâmes un jour à une messe ensemble : j'ai été ému aux larmes quand j'ai vu Milosz Magin prier, communier et surtout s'agenouiller au fond de l'Eglise et prier, en toute humilité.

Milosz Magin était un amoureux de sa Pologne natale. Né à Lodz le 6 juillet 1929, il y fait ses études musicales et vient en Europe de l'ouest vers 1957. Les succès sont rapides mais la carrière compromise par un très grave accident de voiture. Avec un courage inouï il refera sa technique tout en continuant son activité de compositeur. Il enregistre l'intégrale des oeuvres de Chopin chez DECCA, fonde le Concours International de Piano Magin vers 1985 et nous avons assisté en 1999 à la 8ème édition, très tristement sans lui.

J'aime profondément Milosz Magin et sa musique. J'ai osé, et le mot est bien celui-là, lui demander de me composer une sonate et un concerto pour piano et orchestre dont je serai le premier interprète. Les choses se firent et nous créâmes la 4ème sonate Salle Gaveau en mars 1998 et le 4ème concerto en avril 2000 à Paris avec l'orchestre de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris. Nous avons parlé avec Milosz de la composition d'une Messe...mais malheureusement il est parti...

Milosz Magin était un admirateur de Chopin. Membre de différentes Sociétés Chopin à travers le monde, référent mondial de l'interprétation de l'oeuvre de Chopin, comme l'était Arthur Rubinstein, il était polonais et français comme Chopin. Pianiste et compositeur comme lui...Je peux dire, même si cela semble étrange, que Magin jouait Chopin comme nul autre. La dernière fois que le vis, quelques jours avant sa mort, il m'avait joué la quatrième Ballade de Chopin. Comme si je venais de la jouer, il faisait remarque sur remarque, précisant tel ou tel passage de l'oeuvre. A un moment je lui dis "Maître, pourquoi faut il jouer ce passage comme cela ?" Il me répondit, et ce n'était pas la première fois qu'il me répondait ainsi : "mais c'est Chopin, c'est comme cela qu'il faut le jouer, je ne peux pas vous dire pourquoi. Ecouter et faites comme je vous le montre". Il savait utiliser la pédale comme probablement Chopin l'utilisait. Avec sa pédalisation le piano chantait. C'est absolument logique : la bonne pédalisation permet le jeu des harmoniques.

Milosz Magin est décédé le 4 mars 1999.....

Alexandre Bodak

 

Ci dessous la dernière photographie de Milosz Magin à Bora Bora, Polynésie Française, prise par Idalia Magin, son épouse.

Milosz Magin Last Picture

 

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